Les compteurs intelligents vont remplacer nos vieux compteurs d’électricité et de gaz. Pourquoi et comment fonctionnent-ils ? Quelles seront les conséquences pour vous ? On répond à 10 questions fréquentes sur le sujet.

Le compteur intelligent est une volonté de l’Union européenne qui a suggéré, dès 2009 dans sa directive sur l’efficacité énergétique, le remplacement des vieux compteurs d’électricité et de gaz. Pourquoi ? Parce que le compteur intelligent est censé contribuer aux objectifs climatiques que s’est fixé l’UE pour 2030 :

> réduire les émissions de CO2 ;
> recourir aux énergies renouvelables ;
> mieux utiliser l’énergie.

S’il n’économise pas l’énergie en tant que tel, le compteur intelligent permettra toutefois aux ménages de mieux surveiller et mesurer leurs consommations. L’autre grande raison a trait à la nécessaire adaptation des réseaux de distribution. Ceux-ci doivent faire face à 2 révolutions : la voiture électrique et les systèmes d’autoproduction d’électricité (panneaux solaires, pompes à chaleur, micro-cogénération, etc.). Le compteur intelligent pourra aider à cette mutation des réseaux. Notamment en gérant plus précisément les injections de courant par les particuliers.

Reste que le compteur intelligent suscite pas mal de questions…

1. Qu’est-ce qu’un compteur intelligent ?

Compteur intelligent

Un « smart meter » enregistre de façon électronique les quantités d’énergie consommées et injectées sur le réseau. Des modèles existent pour l’électricité et d’autres pour le gaz. Le compteur intelligent envoie ces données, à intervalles réguliers, aux gestionnaires des réseaux de distribution (GRD) : Fluvius en Flandre (issu de la fusion entre Eandis et Infrax), Sibelga à Bruxelles, Ores et Resa principalement en Wallonie. Ceux-ci peuvent alors mieux surveiller les pics de consommation. Ce n’est pas tout. À leur tour, les GRD transmettent ces données aux fournisseurs d’énergie, afin de dresser les factures. Des données qui sont beaucoup plus fines, précises, qu’auparavant. Cette étape n’est pas encore opérationnelle. Elle devrait se faire à terme via une plate-forme centralisée : Atrias (en construction).

Seule certitude, il n’y aura plus besoin demain de visites au domicile pour relever les consommations si la fonction de communication des données est activée. La facturation se fera aussi sur des bases plus précises.

2. Quelles sont les différences entre un compteur intelligent et électromécanique ?

compteur électricité électromécanique

Il y en a 3 :

> les consommations s’affichent sur un petit écran à cristaux liquides. Fini le cercle qui tourne et les chiffres qui défilent ;

> des modules de communication sont intégrés au boîtier. Les données sont envoyées soit par le réseau électrique (c’est la technologie du CPL ou Courant Porteur en Ligne), soit par les ondes radio (c’est, par exemple, la technologie LTE-M, une norme 4G adaptée aux objets connectés), soit par le téléphone fixe ou le câble (plus rare). Donc pas besoin de Wi-Fi ;

> le compteur intelligent peut recevoir des ordres du GRD. Une série de fonctionnalités à distance deviennent alors possibles : la fermeture ou l’ouverture de l’alimentation (quand un locataire quitte ou arrive), l’augmentation de la puissance (quand la maison possède beaucoup d’appareils électriques), le basculement des tarifs (mono-horaire ou bi-horaire), l’attribution d’une limite de consommation (quand le ménage est en défaut de paiement et est soumis à un compteur à budget), etc.

3. Qui est concerné par le compteur intelligent ?

L’UE avait prévu que la généralisation du compteur intelligent se fasse en fonction du rapport coûts/bénéfices à examiner dans chaque pays. En Belgique, ce sont les Régions qui sont compétentes en la matière. Elles ont donc mené des expériences-pilotes : sur environ 55 000 ménages en Flandre, 2500 en Wallonie et 5000 à Bruxelles. Des études ont aussi été conduites. Les résultats n’ont pas toujours été favorables. Mais finalement, une généralisation à l’ensemble des particuliers a été bel programmée. Avec des réserves !

80% des logements devraient être équipés à l’horizon 2030-2040

Les délais pour l’implantation des compteurs dans les maisons ont ainsi été allongés par rapport à ce que préconisait l’Europe : au lieu de 80% de logements équipés en 2020, ce sera plutôt en 2030-2040 mais aucun timing précis n’a encore été fixé en Wallonie et à Bruxelles (en Flandre, le processus a démarré, voir plus loin). De même, cette arrivée progressive se fera « par segments » de clientèle. Sur ces 2 points, Flandre, Wallonie et Bruxelles ont opté pour des modalités différentes.

4. Comment va se dérouler le placement des compteurs en Wallonie ?

Le processus prévoit 2 phases. Au plus tard le 1er janvier 2023, l’installation et l’activation du compteur intelligent ont lieu systématiquement dans les cas suivants : chez les clients disposant d’un compteur à budget, chez les clients dont le compteur doit être remplacé, dans les nouvelles constructions, et chez les clients qui le demandent. Par la suite, l’accent sera mis sur les gros consommateurs d’énergie (plus de 6000 kWh par an), les propriétaires de panneaux solaires (plus de 5 kWe de puissance) et enfin sur les gestionnaires de bornes publiques pour véhicules électriques. Pour ces 3 derniers publics, l’objectif est d’atteindre 80% d’équipement pour 2029. Chez Ores et RESA, les opérations démarreront en juillet 2020 et pour l’électricité uniquement.

5. Quid des compteurs intelligents à Bruxelles ?

Une expérience pilote a été lancée en 2017 mais elle ne concernait que l’électricité. Pas le gaz. De plus, la fonction communicante de ces compteurs électriques intelligents n’était pas activée. Ils étaient en attente d’un cadre légal, qui a été promulgué à l’été 2018. Ce cadre prévoit que les « smart meters » soient obligatoirement placés dans les cas suivants : lors de nouveaux raccordements, de grosses rénovations, de remplacement de compteurs ou encore d’acquisitions de panneaux photovoltaïques. Le placement sera également prioritaire pour les « niches » suivantes : les clients qui possèdent un véhicule électrique, les clients qui consomment beaucoup d’électricité (plus de 6000 kWh par an) et les clients qui disposent d’une batterie domestique ou d’une pompe à chaleur et les clients qui le demandent.

6. Comment va se dérouler le placement des compteurs en Flandre ?

Le processus a démarré le 1er juillet 2019. Le remplacement concerne tant l’électricité que le gaz. Les premiers à recevoir ce nouveau compteur sont : les habitants qui font construire, les propriétaires de panneaux solaires et les clients disposant d’un compteur à budget. Le placement dans le reste de la population se fera en fonction d’un planning déterminé par Fluvius.

Les clients sont invités à consulter le site de Fluvius pour connaître la date précise les concernant. Les clients qui le souhaitent peuvent demander une installation anticipée, qui est alors payante. Ici, le délai dépend de l’emploi du temps des techniciens. Au final, l’objectif est d’atteindre 1,8 million d’appareils installés dans un premier temps, à la fin 2022.

7. Peut-on refuser un compteur intelligent ?

Le compteur intelligent ne fait pas l’unanimité. Des reproches lui sont adressés : coût, ondes électromagnétiques, utilisation des données, risques de piratage, faible durée de vie… Pour autant, Flandre et Wallonie n’ont pas prévu la possibilité de refus. Tant le décret flamand du 28 juin 2018, que le décret wallon du 18 juillet 2018 sont très clairs « Nul ne peut s’opposer au placement d’un compteur intelligent, ni en demander la suppression. » Toutefois, des dérogations devraient être possibles pour les personnes électro-sensibles (les dispositions restent à préciser) en Wallonie. A Bruxelles, l’ordonnance du 20 juillet 2018 comporte une phrase similaire « […] nul ne peut refuser l’installation ou le maintien d’un compteur intelligent. Une fois un compteur installé, nul ne peut en demander la suppression ». Toutefois, le consommateur pourra autoriser, ou non, l’activation de la fonction communicante et donc que ses données soient transférées.

8. Combien coûte le smart meter ?

L’arrivée du compteur intelligent a un coût. L’investissement de départ sera consenti par les gestionnaires de réseaux. Ceux-ci le répercuteront sur les utilisateurs de réseau via les frais de raccordement et de location. Ils se retrouvent sur les factures au poste « Tarif d’utilisation des réseaux ». Il ne sera donc pas possible de payer son compteur intelligent avec des éco-chèques.

Les GRD jurent que les prix seront proches de ceux d’un compteur classique. Seul un léger supplément sera demandé. En Flandre, Fluvius a estimé ce dernier à 15 €/an pour l’électricité et à 12 €/an pour le gaz (pour un ménage à la consommation moyenne). Les 2 autres Régions n’ont pas encore donné d’estimations. En Wallonie, Ores précise que le tarif de location est encadré par le régulateur, la CWaPE. Pour les clients qui demandent expressément un compteur intelligent (la possibilité existe déjà en Flandre, bientôt en Wallonie et pas à Bruxelles), le placement est payant. Au nord du pays, le prix s’élève à 226 €, hors TVA et hors armoire.

9. Le compteur intelligent est-il dangereux pour la rentabilité des panneaux photovoltaïques ?

panneaux solaires

Les propriétaires de panneaux solaires doivent-ils craindre la fin de leur rendement avec l’arrivée du compteur intelligent ? Jusqu’ici, ils bénéficient du « compteur qui tourne à l’envers ». Il s’agit du mécanisme de « compensation » qui permet, dans beaucoup de cas, d’obtenir une facture quasi nulle en fin d’année et de ne pas payer pour l’utilisation du réseau. Il a été accordé lorsque le photovoltaïque était onéreux. Par la suite, il a été contrebalancé par un prélèvement, appelé « tarif prosommateur ».

Le tarif prosumer a été introduit en juillet 2015 en Flandre. Il le sera en janvier 2020 en Wallonie. Bruxelles ne l’a pas retenu. Le compteur intelligent, lui, relève de façon séparée les quantités d’électricité prélevées sur le réseau et celles injectées. Techniquement parlant, il est neutre. Avec lui, il est possible soit d’accorder la compensation (en faisant payer les quantités de courant prélevées desquelles ont été déduites les injections), soit de ne pas l’accorder (en faisant payer les quantités prélevées brutes). Ces options dépendent du politique.

La Flandre a prévu de laisser le choix pour les installations mises en service avant 2021 : bénéficier de la compensation pendant 15 ans avec tarif prosumer (toutefois, cette mesure fait l’objet d’un recours par l’autorité de régulation, la VREG) ou accepter une tarification sur base des prélèvements bruts. Attention : si vous installez des panneaux solaires aujourd’hui, le choix que vous ferez sera définitif, impossible de revenir en arrière par la suite. À partir de 2021, pour les nouvelles installations, la compensation avec tarif prosumer ne sera plus possible.

En 2020, la Wallonie comptera, elle aussi, 2 systèmes : compensation avec tarif prosumer pour les propriétaires de compteur classique et tarification sur base des prélèvements bruts pour ceux qui se verront placer les compteurs intelligents. Quant à Bruxelles, elle va supprimer la compensation au 1er janvier 2020. Elle aussi pratiquera la taxation sur base des prélèvements bruts.

10. Le compteur intelligent est-il compatible avec boxx ?

Un compteur intelligent est capable de délivrer les données de consommation directement aux utilisateurs. Il possède un port de connexion standard, appelé port P1. Un smartphone, une tablette ou un laptop peuvent être y branchés. Si vous installez un logiciel adapté ou une app, vous pourrez visualiser vos consommations. Cela vous coûtera une vingtaine d’euros.

Chez ENGIE, le thermostat intelligent boxx est compatible avec le compteur intelligent. boxx rassemble toutes les informations de consommation, entre autres, et les présentent de façon conviviale. Sur les anciens compteurs, ce sont des senseurs qui mesurent les tours du disque rotatif (en électricité) et les chiffres du compteur (en gaz). Sur les nouveaux, ils relèveront simplement les données digitales. Lorsque le gestionnaire de réseau viendra installer le compteur intelligent chez vous, il le reliera à votre boxx via le port de connexion standard P1.

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