Comment expliquer la brusque dégringolade du prix du pétrole ? En juin 2014, le prix du baril culminait à 115 dollars. Il navigue aujourd’hui entre 50 et 55 $.

En juin 2014, le prix du baril de pétrole culminait à 115 dollars. Quelques mois plus tard, ce prix avait chuté de plus de 50 %, pour atteindre moins de 50 dollars le baril début 2015. Comment expliquer cette brusque dégringolade ? Bien que le prix du baril de Brent, le prix de référence mondial pour le pétrole brut, soit légèrement remonté depuis, les spécialistes estiment que le baril de brut ne dépassera pas les 70 dollars en 2015.

L’une des raisons avancées pour expliquer ce phénomène est la surabondance de l’offre par rapport à une demande inerte. On constate, d’une part, une surproduction liée au développement du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis et, d’autre part, une demande en nette perte de vitesse liée à une croissance économique mondiale en berne.

Gaz de schiste : offre en augmentation

La production de gaz de schiste s’appuie sur deux techniques : le forage horizontal et le « fracking » ou fracturation hydraulique. Ces techniques permettent aux compagnies minières et pétrolières d’extraire d’énormes quantités de pétrole et de gaz issus de gisements jusqu’alors inexploités. Ces méthodes d’extraction largement répandues aux États-Unis ont pour objectif de garantir au continent américain une totale indépendance en matière énergétique. Qui dit offre pléthorique, dit également chute des prix. Or, malgré l’effondrement des cours, aucun signe tangible de réduction de l’offre n’a été observé pour l’instant. Au contraire : lorsque les prix ont commencé à baisser, la réaction des États-Unis a été d’ouvrir les vannes encore davantage ! Début 2015, la production de gaz et de pétrole de schiste aux États-Unis dépassait d’environ dix pour cent celle de juin 2014.

La demande diminue dans les pays à forte puissance économique

Dans le même temps, la demande de combustibles fossiles a diminué. Ce phénomène est notamment lié à la crise économique : de nombreuses entreprises sont obligées de dégraisser ou mettent la clef sous le paillasson et, par conséquent, utilisent moins d’énergie. La Chine, l’un des marchés émergents les plus puissants, prévoit de s’orienter vers une stabilisation de la demande en 2017, soit plus tôt que prévu. Quant aux États-Unis, ils anticipent même une baisse de la demande. À cela s’ajoute une autre préoccupation : tant en Europe qu’aux États-Unis, le changement climatique entraîne l’émergence de normes environnementales nettement plus drastiques.

À l’horizon de 2020, l’UE s’est donné pour objectif de réduire les émissions de CO2 de 20 % par rapport à 1990. Quant aux États-Unis, bien que moins performants en termes d’énergie propre, ils ne sont pas non plus complètement à la traîne. Les voitures particulières neuves vendues aux États-Unis en 2025 devront consommer en moyenne 4,3 litres d’essence aux 100 kilomètres, deux fois moins qu’aujourd’hui, a annoncé le président Obama.

La baisse du prix du pétrole affecte lourdement les producteurs

Les grands producteurs commencent à ressentir fortement l’impact de la baisse du prix des produits pétroliers. Maintenant que les stocks de pétrole et de gaz facilement exploitables s’amenuisent, la production coûte de plus en plus cher. Les défis technologiques liés à l’exploitation de gisements « non conventionnels » (gaz de schiste, gaz de réservoir étanche, pétrole de l’Arctique, sables bitumeux, …) engendrent des investissements colossaux qui ne se justifient que si le prix du pétrole est suffisamment élevé. Tel était le cas en 2014, mais l’écroulement du prix du brut a amené les grandes entreprises pétrolières à réduire leurs investissements de façon drastique : Statoil et Chevron ont renoncé à leurs forages dans l’Arctique norvégien, tandis que le nombre de plateformes de forage en activité, l’un des indicateurs les plus importants selon oilprice.com, a baissé de 43 % depuis 2014.

Plus les réserves diminuent, plus les prix augmentent

En matière de prix du pétrole, les stocks constitués par les États constituent un autre indicateur important. Actuellement, ces réserves sont extrêmement élevées. Depuis 2014, les stocks ont augmenté de 60 % aux États-Unis, soit une hausse de 45 % quasiment en une année. Quant à l’UE, elle se situe pratiquement à 90 % de sa capacité totale. Après la publication récente d’informations selon lesquelles les réserves américaines étaient reparties à la baisse, le prix du baril de pétrole américain a dépassé les 62 dollars à la mi-avril 2015.

Autres facteurs influençant le prix du brut

Le prix des produits pétroliers est également influencé par les marchés financiers, ainsi que par le contexte géopolitique. Les prix du pétrole sont fixés en dollars. Si la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, décidait d’augmenter les taux d’intérêt américains, cela serait synonyme de remontée du dollar, avec un impact important sur le prix du pétrole. Il convient également de tenir compte de la politique menée par l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Cette organisation, qui regroupe douze pays producteurs de pétrole, détient quelque 40 % de la production mondiale de pétrole brut. C’est dire si son influence est loin d’être négligeable. Afin de contrer la production de pétrole russe et de gaz de schiste américain, les pays de l’OPEP ont décidé de ne pas réduire leur plafond de production d’or noir. Enfin, les prix peuvent également subir l’influence de l’instabilité géopolitique régnant dans certains pays (par exemple, au Yemen).

Le prix du pétrole en 2015 ?

L’AIE (Agence Internationale de l’Énergie), l’OPEP et l’EIA (Energy Information Administration), les trois organisations les plus influentes en matière de politique énergétique, tablent sur un pétrole brut à 60 dollars le baril pour 2015.

 

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