Cet article d’opinion présente le point de vue de P. Paepen sur l’élection de Donald Trump et de ses effets sur les prix de l’énergie.

Pascal Paepen est un expert reconnu dans le monde bancaire et financier. Il est à ce titre conférencier pour tous ces domaines à la KUL (Katholieke Universiteit van Leuven). Il a rédigé, à la demande d’ENGIE Electrabel, un article d’opinion présentant son point de vue au sujet de l’élection de Donald Trump et de ses effets sur les prix de l’énergie.
Photo : hbvl.be

Donald Trump vient à peine d’être élu 45ème président des États-Unis et n’exercera ses nouvelles fonctions qu’à partir du mois prochain. Pourtant, il est d’ores et déjà critiqué au sujet de certaines évolutions annoncées qui laissent présager des répercussions négatives : l’augmentation des taux, la baisse de l’euro, la hausse du dollar et même… la progression des prix du pétrole. Ces critiques sont-elles justifiées ou relèvent-elles d’une campagne relativement hostile menée par les médias occidentaux, volontairement ou non, contre le président élu ?

Une perte de 1700 milliards de dollars sur le marché des obligations

Dans l’allocution qu’il a prononcée le jour de sa victoire, Trump a annoncé des investissements massifs dans les infrastructures américaines. Cette prise de position n’est pas très originale, car ce programme d’investissement était également une promesse électorale de sa rivale. Toutefois, elle a poussé les détenteurs d’obligations du monde entier à vendre leurs titres, avec à la clé une baisse des cours et une augmentation des taux. Le raisonnement est le suivant : si les pouvoirs publics américains investissent massivement, la dette de l’État fédéral augmentera encore, alors qu’elle s’élève déjà à près de 19.000 milliards de dollars. Le Trésor américain sera contraint d’émettre encore plus d’obligations sur le marché, ce qui fera baisser leur prix et augmenter les taux.

Ajoutons toutefois que cette hausse des taux n’est pas exclusivement imputable aux projets du nouveau président américain. Dès ce mois-ci, la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine, augmentera les taux, pour la première fois en un an. C’est un signal positif au sujet de la croissance de l’économie américaine. Très bien ! Mais en même temps, c’est une mauvaise nouvelle pour tous les oiseaux de mauvais augure qui considèrent que la fin du monde est imminente et que l’économie doit rester stimulée pendant très longtemps encore au moyen de taux historiquement bas. Les pertes enregistrées sur les marchés d’obligations ne sont donc pas la faute de Trump !

US dollar: the only way is up!

Un constat identique s’impose au sujet de la hausse du dollar. Dans les heures qui ont suivi l’annonce de la victoire de Trump, le billet vert a baissé sur les marchés financiers asiatiques. Toutefois, la devise américaine s’est fortement redressée durant le premier discours prononcé par le nouveau président élu. Des taux plus élevés en dollars rendent en effet la monnaie américaine plus intéressante pour les investisseurs. Des milliers de milliards d’euros, de livres sterling et de yens ont donc été échangés contre des dollars.

Néanmoins, le dollar se trouve depuis longtemps dans un canal haussier. Goldman Sachs et des dizaines d’autres établissements financiers, dont certaines sont des banques d’affaires, annoncent depuis plusieurs années que la parité euro-dollar sera atteinte. En ce qui me concerne personnellement, je pense que le dollar recèle encore un potentiel de hausse d’au moins 10% par rapport à l’euro. Je conserve donc mes liquidités en dollars et je prendrai peut-être mon bénéfice lorsque la parité USD/EUR aura atteint 0.95 euro par dollar. À long terme, il est préférable de détenir des euros si vos frais et votre comptabilité sont eux aussi libellés dans cette devise. À court terme, c’est une bonne idée de suivre la tendance. Le dollar va continuer à augmenter pendant un certain temps encore, car la Banque centrale européenne n’envisage pas de relever les taux actuellement, au contraire de son homologue américaine, qui s’apprête à le faire.

Et les prix de l’énergie ?

Durant la campagne électorale, Trump a, à plusieurs reprises, balayé du revers de la main les mises en garde au sujet du réchauffement climatique et la nécessité que chacun de nous participe à la lutte contre la pollution environnementale. Il a déclaré à des mineurs qu’il était favorable à l’industrie du charbon, contrairement à sa rivale. Pour gagner les voix des travailleurs du secteur du pétrole ou du gaz de schiste, il a procédé exactement de la même manière. « Let’s make America great again », « restaurons la grandeur de l’Amérique », en rendant les États-Unis encore plus indépendants de l’étranger sur le plan énergétique. On pourrait penser que cette vision entraînera une baisse des prix de l’énergie à terme. Plus la production de pétrole et de gaz augmente, plus les prix diminuent.

Néanmoins, je crains que, sur ce plan également, les voix critiques surestiment les pouvoirs de Trump. Un candidat à l’élection présidentielle ne tient pas obligatoirement ses promesses. Dans les jours qui ont suivi son élection, Trump a déjà fait savoir qu’il s’inquiétait bel et bien de la pollution environnementale. Finalement, ces travailleurs du secteur du charbon ne finiront peut-être pas leur carrière chez le même employeur. En outre, l’impact des pays producteurs de pétrole, qu’ils soient membres de l’OPEP ou non, n’est-il pas beaucoup plus significatif que celui du président des États-Unis ? La baisse de production qui vient d’être adoptée aura un effet beaucoup plus important sur le prix de l’énergie. Elle entraînera une hausse du prix du pétrole, longtemps maintenu à un niveau artificiellement bas par l’Arabie Saoudite. Cet accord, combiné à la croissance de l’économie mondiale, qui se dirige lentement vers les 4 %, finira par entraîner une hausse des prix du pétrole et de l’énergie.

Heureusement, la sagesse du philosophe Johan Cruijff est également de mise dans cette situation. Tout inconvénient a son avantage. Sous l’effet de la hausse du prix du pétrole, les grands groupes pétroliers se remettront à chercher de nouveaux gisements. C’est également, pour les producteurs d’énergie alternative, un signal de reprise des investissements dans une activité qui redevient progressivement rentable. Les prix plus élevés aboutiront par conséquent à une progression de l’offre, ce qui est bénéfique à la croissance économique. Non, il n’y a aucune raison de paniquer ou de désespérer, pas plus que de considérer Trump comme la cause principale de l’évolution des prix des obligations, des devises et de l’énergie.

Lors du webinar du 04 mai prochain, nous reviendrons sur ces considérations et analyserons également les autres faits ayant marqués le marché de l’énergie ces derniers mois, ainsi que leurs impacts sur les prix.

Webinar marché énergie

 

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