Après des débuts laborieux, les lunettes intelligentes commencent à séduire les entreprises. Elles peuvent aider à une foule de tâches. ENGIE Cofely les a adopté dans son data center belge pour certaines opérations…

L’Agility Center, le data center du Groupe ENGIE en Belgique, est situé au cœur du parc scientifique de Isnes, près de Gembloux. Plus de 2.000 serveurs informatiques, répartis dans 200 armoires, y sont sans cesse à la tâche. Leur mission ? Contribuer aux besoins informatiques d’ENGIE dans le Benelux. En clair : ils stockent des données, font tourner des logiciels, permettent des accès au web, etc.

Leur alimentation électrique ne peut subir de coupure. Leur refroidissement est vital. Dès qu’un problème survient, il doit être réglé au plus vite. C’est là que l’affaire se complique un peu. En effet, pour des raisons de sécurité, le data center est situé à la campagne. Donc, loin des sièges centraux où travaillent les informaticiens qui les opèrent. Alors, lorsqu’un serveur décroche il faut pouvoir intervenir rapidement. Grâce aux lunettes intelligentes à réalité augmentée, c’est désormais plus facile.

Des diagnostics à distance

«Chez nous, pendant tout un temps, un informaticien devait monter dans sa voiture et rouler vers Gembloux quand un problème survenait, témoigne Nicolas Coppée, manager chez Cofely Data Solutions, qui assure la gestion de l’Agility Center. Depuis Bruxelles, cela signifiait 1 heure de route. Depuis Paris, où sont regroupés certains experts IT, 4 heures…» Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. «À la fin 2018, nous avons introduit les lunettes intelligentes au parc de Isnes, poursuit le responsable. Elles permettent à un informaticien, au siège central, et à un technicien, au data center, de mener ensemble une intervention. Ces lunettes sont en effet équipées d’une caméra frontale, d’un petit écran intégré, ainsi que d’un micro et des écouteurs.»

D’un côté, le technicien filme en vidéo le serveur où la panne est apparue. Au besoin, il zoome sur les différentes parties de l’installation où se mélangent des dizaines de câbles, de fiches et de témoins lumineux. Il peut aussi décrire oralement l’état de la situation. Tout passe par une connexion Wi-Fi ou 4G. Assis à son bureau, l’informaticien, lui, reçoit les images sur son laptop et peut poser un diagnostic à distance. En retour, il donne des instructions pour effectuer la réparation via un modus operandi bien défini.

Les instructions directement sur les lunettes

Le technicien se réfère alors au minuscule écran qui surmonte son œil droit. Il y aperçoit une image du serveur avec l’endroit précis où intervenir, désigné par une petite lumière rouge. Ceci est une des fonctionnalités possibles, parmi d’autres. Sur certains modèles, l’utilisateur peut également recevoir sur ses verres, en surimpression, un plan, un graphique, une liste de tâches. Tout cela l’aide et lui facilite la tâche. Car ses deux mains sont libérées. Fini de devoir tenir un laptop à bout de bras.

Comme c’est l’usage en informatique, toute intervention doit être consignée dans un dossier. «Pour cela, nous continuons de passer par un portail classique, parallèlement aux lunettes. Avant de démarrer l’intervention, informaticien et technicien ouvrent ainsi une session sur leurs PC. Pour effectuer la réparation finale, le technicien doit se voir signifier une requête formelle.»

Une expérience concluante

Les lunettes de ce type sont dites «à réalité augmentée» (AR en anglais). À ne pas confondre avec les casques «à réalité virtuelle» (VR). Aujourd’hui, de nombreuses firmes proposent des modèles. Des éditeurs se sont également mis à concevoir des applications spécifiques : pour la logistique, la maintenance, l’assemblage industriel, l’inspection…

À l’Agility Center, quel bilan tire-t-on ? «Les quelques interventions que nous avons menées se sont bien déroulées, conclut Nicolas Coppée. Du côté des informaticiens, l’intérêt est évident puisqu’on s’épargne un trajet en voiture. Du côté des techniciens, l’adaptation n’a pas posé de problèmes particuliers. Il faut préciser que l’écran en surimpression n’est pas tout le temps activé, afin de ne pas fatiguer les yeux. Ceci étant, un an de fonctionnement est trop court pour vraiment pouvoir juger.»

L’expérience devrait néanmoins être étendue prochainement aux équipes du Facility Management. Leurs inspections des locaux pourraient, par exemple, être filmées. Il a fort à parier que cette révolution ne s’arrêtera pas là…

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